Petites scenes Capitales, Sylvie Germain

« Ca faisait longtemps, quel pied! ».

C’est un peu vulgaire, mais c’est ce que je me suis dit en refermant Petites scenes capitales de Sylvie Germain.

Un livre qui n’est pas si simple, qui se mérite, qu’il faudrait relire pour vous en parler vraiment, pour vous faire sentir sa force. L’auteur vous innonde d’un vocabulaire et un style riches, recherchés, elle ne laisse jamais place à l’évidence, au pathos téléhoné. Lire la suite

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L’amant de Patagonie, Isabelle Autissier

Juste avant de retourner sur les bancs de l’université et de troquer mes romans chéris pour des essais et thèses de sociologie et autres rapports de la Cour de Comptes, j’ai choisi de lire L’amant de Patagonie. Ce livre m’a été brillamment recommandé par la libraire de La Rue en pente à Bayonne, que j’affectionne depuis de nombreuses années, m’a régulièrement conseillé de passionnantes lectures. J’y ai découvert des auteurs qui n’auraient pas attiré mon attention autrement, Charles Juliet ou Xin Ran. Lire la suite

Un bon livre : Trois vies chinoises

Trois vies chinoises, Dai Sijie

Si comme moi, vous aimez ne pas vous contenter d’un seul livre par auteur et que vous ne pouvez vous faire une idée de son style qu’en lisant le plus de ses œuvres possibles, vous comprendrez pourquoi, après avoir terminé Balzac et la petite tailleuse chinoise, j’ai voulu continuer à explorer la littérature de Dai Sijie.

Trois vies chinoise est un livre court, une compilation de trois nouvelles se déroulant sur l’île de la Noblesse, dépôt infini des déchets électriques et électroniques générés par les vieux appareils usés et obsolètes de la Chine entière. S’y croisent un petit garçon qui vieillit trop vite, une petite fille sur des patins à glace dont la mère est morte mystérieusement et une forgeronne qui fabrique une chaine au poids insoutenable pour attacher son fils devenu fou.

Le récit est prenant, il est presque impossible, malgré l’intensité de certains passages et la dureté du récit, de le quitter et de ne pas le lire d’un seul coup. Dans un mélange d’humour, un certain cynisme, et la description aux relents apocalyptiques de cette île à l’ombre de laquelle se déroulent des vies  insoupçonnées.

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Ne lisez pas : Dieu surfe au Pays Basque

Adepte du Pays Basque oblige, je n’ai pas résisté à l’envie de lire ce livre qui a bien failli mettre un terme définitif à ma carrière de lectrice et ruiner ma foi en la littérature contemporaine (non je n’exagère pas… je n’ai pas ouvert un livre d’auteur vivant depuis la lecture désastreuse de ce livre et me cantonne donc, avec satisfaction, à Flaubert et Voltaire).

Au risque de me faire conspuer par les fans de Tatiana de Rosnay et consort, je vous enjoins chers lecteurs de ne pas lire les livres de leur petit protégé, j’ai nommé Harold Corbert et plus particulièrement de son roman Dieu surfe au Pays Basque, paru en 2012.

DSAPB - Harold Corbert

Merci la FNAC pour la photo

Mes arguments sont les suivants :

  • Ce n’est pas parce qu’on a la coupe de Rimbaud qu’on  écrit bien… Loin s’en faut, apparemment. Comme dirait Papy Mougeot : « Mèche rebelle ne cache pas toujours talent réel ».
  • Il y a tromperie sur la marchandise : toutes les biographies que l’on trouve sur Internet le décrivent comme un docteur en littérature, spécialiste de Mirabeau. Mais le jeune homme est incapable de construire une phrase qui contienne plus de 10 mots, et soit exempte de jurons.
  • Il utilise le Pays Basque pour appâter le chaland et n’en parle presque pas.
  • Il raconte une histoire particulièrement intime (la fausse-couche de sa femme) et se met donc dans une position inattaquable – je ne vais pas commencer à me gausser du malheur des autres ??? – ce qui est exaspérant pour le lecteur qui est non seulement mal à l’aise au milieu de ce déballage intime et irrité par la culpabilité qu’il ressent lorsqu’il pense que malgré tout le sujet est mal traité.
  • Son récit est constellé de « textos » ridicules datant de sa rencontre avec sa femme. Je ne suis pas averse à l’insertion de références aux technologies et techniques en usage à l’époque du récit, mais il faut savoir raison garder et n’en point abuser…

Bref, Dieu surfe au Pays Basque était prometteur (au moins le titre) mais fut une large perte de temps. Si c’est comme ça, et bien que les vacances soient terminées, c’est moi qui vais aller surfer un coup au pays basque.

Entre les lignes, le vide

Certains livres ne me font rien. Ils restent en suspens dans mon esprit pendant deux-trois jours, et hop ils s’effacent. Parfois même, je suis incapable de me souvenir du résumé. Lire Les heures souterraines de Delphine de Vigan fut tout le contraire.

Les heures souterraines

Il brillait pourtant de mille feux ce job de vos rêves dans lequel vous excelliez, mais sur un malentendu l’illusion laisse place à une sorte de descente aux enfers façon Jean-Paul Sartre. Pas besoin de grill. Lire la suite

La Mécanique du Coeur de Mathias Malzieu

Un certain Charlatan avait, à l’occasion d’un de mes fréquents retours à Paris, commandé  pour sa femme Le plus petit baiser jamais recensé écrit par Mathias Malzieu.

Mathias Malzieu - Le plus petit baiser jamais recensé

Le plus petit baiser jamais recensé

La FNAC est le passage obligé (parfois récurrent au cours d’un même week-end) de toute escapade parisienne. Une entrée dans une des filiales est toujours justifiée avec une excuse plus ou moins valable: « C’est pas moi, mais truc m’a dit que ce bouquin est top », Si ta mère ne m’avait pas fait découvrir le premier livre de bidule, nous n’en serions pas à acheter les 10 suivants aujourd’hui », « Il n’y a pas de bibliothèque municipale francophone en bas de chez nous, il faut bien que quelqu’un y remédie », « Là sérieusement, c’est pour ton pote machin qu’on y va ». En résumé, c’est un peu mon paradis terrestre: après avoir retourné les rayons littérature française, littérature étrangère, psychologie/psychanalyse et théâtre, je fonce vers les disques, mets quelques DVD dans le panier et ne manque jamais de jeter un coup d’œil (néophyte, certes) aux BD histoire de voir si je ne reconnais pas un ou deux noms parmi les nouveautés.

Bref, fermons cette parenthèse (qui pourrait se transformer en plaidoyer pour le temple moderne de la consommation de bien culturels) et retournons à nos moutons. Le Charlatan a passé sa commande et une mission commence à la FNAC Montparnasse.

J’ai pu constater que la mission fut très rapide, et une fois expédiée je me suis dit: à mon tour. Histoire de ne pas trop copier, et aussi de doubler le nombre de livre que nous pourrions échanger, je suis repartie avec La Mécanique du coeur, toujours du même auteur.

La Mécanique du coeur

La Mécanique du coeur

Et me voici lancée dans la lecture d’un conte ou plutôt une fable dont le héros est d’autant plus réel qu’il est aussi fantastique.

C’est « le jour le plus froid du monde » que Jack vient au monde. La température est si basse que son cœur microscopique gèle et ne résiste pas à la morsure du froid. Pour le faire survivre, Madeleine, le docteur en haut de la montagne qui soigne les rebus de la société, greffe une horloge à son cœur. Deux aiguilles sortent de son thorax et un coucou chante la sérénade quand bon lui semble.

Mais il y a des règles à suivre pour ne pas dérégler son cœur. Ne pas tomber amoureux en est une. Pourtant, vient le jour où Jack est ébloui par une petite chanteuse qui a perdu ses lunettes et se cogne partout.

S’en suit un long périple et une réflexion sur l’amour dans tous ses états.

Cette petite perle de livre est émaillée de métaphores belles à croquer, de charmantes et magiques combinaisons de noms et épithètes que seul semble capable d’imaginer le chanteur du groupe Dionysos.

La Liste de mes envies…

… est un livre de Grégoire Delacourt.

Qui se lit vite, tellement que je dirais presque qu’il se dévore.

Le style est facile mais pas bâclé. Et l’histoire vous parlera aisément. La femme dont il est question (Jo) est petite et ronde, attachée à son existence comme à une vieille habitude, et aussi parce qu’elle sait que l’herbe n’est pas vraiment plus verte dans l’enclos d’à côté. Oui, vous avez bien lu enclos.  Parce que sa vie me semble trop petite pour être un pré.

Soudain, les vents tournent et la chance s’intéresse à elle mais elle n’est pas sûre d’éprouver un sentiment réciproque.

La force et la faiblesse du livre c’est cette femme qui est dans la moyenne (son corps, sa mercerie, son mari, ses enfants, son estime d’elle-même) à part la peur de perdre ce qu’elle a et dont elle connait la valeur pour ce qui pourrait ne pas être aussi bien.

Un bon moment de lecture que cette fable sur l’insatisfaction et la convoitise. Et le portrait d’une femme dont on souhaite pendant tout le livre qu’elle reste telle quelle.